Syndicats et sénateurs sous pression
SUD-OUEST - 21 octobre 2010
Nicolas Sarkozy a confirmé hier sa détermination à mener le projet de réforme « à son terme », malgré l'opposition constante des syndicats
Dans la nuit de mardi à mercredi, les forces de l'ordre ont délogé les syndicalistes qui assuraient le blocus du dépôt de carburant de La Rochelle. photo xavier léoty
Au lendemain de la démonstration de force syndicale dans les rues, Nicolas Sarkozy a répété hier devant le Conseil des ministres que la réforme des retraites irait « à son terme ». Le président de la République semblait avoir définitivement choisi la voie de l'épreuve de force avec les syndicats, sans relever l'ultime proposition de négocier avec eux avancée par Martine Aubry.
1 Le texte encore encalminé au SénatComme pour appuyer cette détermination, le secrétaire général de l'Élysée, Claude Guéant, a donné une interview à l'hebdomadaire « Valeurs actuelles », où il a demandé aux sénateurs de ne pas « se perdre en manœuvres dilatoires » et de voter rapidement le projet de loi.
Malgré ces injonctions, les sénateurs de gauche n'ont pas pressé le pas, au point qu'on se demandait hier soir si le texte serait voté demain soir, alors qu'il aurait dû l'être aujourd'hui. Une dernière proposition de suspendre les débats et d'ouvrir « une très large concertation », lancée par les trois groupes de gauche, a été immédiatement rejetée par Éric Woerth.
Selon le sénateur Jean-Marie Vanlerenberghe (Modem), le gouvernement pourrait encore, s'il voulait lâcher du lest, décider de suspendre avant mardi l'application de l'article 5 qui fait passer de 65 à 67 ans l'âge de la retraite sans décote. Mais il avouait ne pas y croire, face à la volonté affichée de passer en force.
2 Déblocage des dépôts d'essenceAutre souci pour le gouvernement : l'approvisionnement en carburant. Il était loin d'être assuré, comme l'a reconnu Jean-Louis Borloo, ministre de l'Écologie et de l'Industrie, qui a indiqué hier après-midi à l'Assemblée que 3 190 stations sur 12 311 étaient « momentanément vides ». Nicolas Sarkozy, qui a réuni à nouveau une cellule de crise à l'Élysée, hier après-midi, avait averti les grévistes en déplorant « les désordres qui constituent de nombreuses injustices », et avait pris la décision de faire débloquer les dépôts par les forces de l'ordre.
Cela a été accompli dans la nuit de mardi à mercredi à Donges, au Mans et à La Rochelle, ainsi qu'hier après-midi à Port-de-Bouc.
Toute la journée, ces blocages et déblocages ont donné lieu à une véritable course-poursuite, de dépôt en dépôt, entre forces de l'ordre et manifestants.
La baisse du nombre de grévistes, notamment à la SNCF où le trafic prévu pour aujourd'hui se rapproche des deux tiers du trafic normal, a au moins de quoi rassurer le gouvernement, à deux jours des départs en vacances de la Toussaint.
L'enjeu de tenir encore quelques jours par tous les moyens, avant que les vacances et la lassitude ne gagnent les opposants à la réforme, est devenu manifeste, alors que le gouvernement doit encore tenir sur le front des violences urbaines et de la mobilisation des jeunes.
3 L'intersyndicale décide aujourd'huiDans ce contexte délicat, l'intersyndicale va devoir prendre des décisions aujourd'hui. Autant la CFE-CGC va quitter le terrain de la mobilisation, comme elle l'a déjà annoncé, autant les autres confédérations devront trancher. La CFDT, qui est réunie depuis hier à Paris en conseil national confédéral (CNC), a déjà fait un choix, celui de rester dans l'intersyndicale, quoi qu'il lui en coûte, comme la plupart des autres confédérations.
La CGT aussi, qui est devenue sa sœur siamoise depuis qu'elle a choisi avec succès la voie de l'unité d'action. Hier, à l'issue de la réunion de ses fédérations, elle a réaffirmé l'importance de cette union et appelé à de nouvelles initiatives unitaires. Elle proposera aujour- d'hui de « nouvelles mobilisations comportant grèves et manifestations ».
Cela ne figurait pas dans le communiqué, mais la date la plus probable devrait être mardi 26 octobre. Ce sera difficile d'organiser une manifestation en pleines vacances, mais c'est la dernière date avant l'adoption définitive de la loi au Parlement.
